Entrevue avec Albert Mosséri, l’hygiéniste qui a supervisé 4 000 jeûnes


 

M. Mosséri, quel âge avez-vous et depuis combien de temps pratiquez-vous l’hygiénisme ou hygiène naturelle ?

J’ai bientôt 80 ans, et je m’intéresse à l’hygiénisme depuis l’âge de 20 ans. À l’époque je vivais en Égypte. J’ai commencé mes recherches sur la santé mais je n’ai pas trouvé tout de suite. J’ai dû lire tous les auteurs que je connais dans le monde entier, en plusieurs langues, et je suis finalement tombé sur Shelton et Thompson, qui m’ont paru les plus sérieux. J’ai alors abandonné la naturopathie parce qu’elle est à mis chemin entre la médecine et l’hygiénisme. J’ai commencé à publier des livres quand j’avais 24 ans. Et quand les événements politiques en Égypte n’étaient plus favorables, j’ai dû émigrer en France, où j’ai pratiqué l’hygiénisme dès le début.
L’hygiénisme tel que je le pratique actuellement est venu par étapes, de très nombreuses étapes. D’abord on doit chercher le bon régime, les bonnes idées, ce n’est pas facile à trouver, et quand on les a trouvées, les tentations extérieures et intérieures sont tellement fortes qu’on ne peut pas d’emblée les appliquer. On doit des années pour pouvoir pratiquer l’hygiénisme pur.

Vous avez fait une différence entre la naturopathie et l’hygiénisme. Quelle est cette différence ?
La différence est capitale. D’abord ce qui nous unit c’est que nous sommes contre les médicaments. Mais nous, les hygiénistes, nous disons qu’on doit supprimer la cause, et alors les effets disparaissent. Tandis que les naturopathes utilisent des remèdes naturels, comme la phytothérapie, c’est-à-dire des plantes médicinales, nous refusons tous ces remèdes naturels, même s’ils sont certainement moins nocifs que les médicaments.

Donc vous faites une différence à la base entre la médecine et l’hygiénisme, et ensuite entre l’hygiénisme et les autres thérapies naturelles. Quelle est donc la différence fondamentale entre la médecine et l’hygiénisme ?
La différence fondamentale est que la médecine combat les symptômes avec des poisons, et elle n’élimine pas la cause. D’ailleurs elle ne comprend rien à la cause. Et puis la médicine dit que l’alimentation n’a rien à voir avec la maladie, ce que nous contestons formellement.

À votre avis, quelle est l’alimentation naturelle ?
L’alimentation naturelle est celle qui se rapproche le plus de l’alimentation des grands primates — c’est-à-dire le gorille, le chimpanzé, l’orang-outang. C’est-à-dire, pas ou presque pas de produits animaux, ni viande, ni poisson, ni huîtres, ni fruits de mer, et pas de céréales non plus, parce que l’homme n’est pas un granivore. Shelton a publié le tableau d’anatomie et de physiologie comparées, que j’ai reproduit dans mon livre La nutrition hygiéniste. D’après ce tableau, qui a été proposé par les grands physiologistes du siècle passé, français, allemand, comme Cuvier, l’homme est frugivore. Il n’est pas carnivore, ni omnivore, ni granivore. Granivore c’est-à-dire qui mange des graines et des céréales. Les céréales comprennent le pain, les sandwichs, les galettes, les pâtes, etc.

Donc il reste les fruits, les légumes et les noix…
Il reste tous les fruits, tous les légumes, les noix (et beurre de noix) et les racines, comme les pommes de terres, les topinambours, les ignames. Mais alors que Shelton propose 120 à 200 g de noix par jour, je recommande 20 ou 30 g, et peut-être 40 g pour les athlètes. Les noix en excès sont indigestes. Elles produisent des gaz, etc.

L’alimentation hygiéniste exclut aussi les épices, le sel…
Elle exclut les épices, les aromates — sel, poivre, moutarde, etc. — l’alcool – bière, vin, etc.
Et en plus de cette alimentation, qui reste la plus simple possible, on doit éviter les émotions fortes, comme la colère, les soucis le chagrin. Tout ça peut causer la maladie, même si votre régime est parfait.

Si quelqu’un tombe malade, que doit-il faire, selon l’hygiénisme ?
Si quelqu’un tombe malade, selon l’hygiénisme, on doit chercher et éliminer la cause. Le malade lui-même tout seul n’est souvent pas capable de trouver cette cause. On élimine en priorité les causes principales : ça peut être la peur, une très mauvaise alimentation, des excès, de l’alcool, du vin avec les repas. On peut ignorer les causes secondaires : manger du riz une fois tous les 10 jours, ou un petit bout de viande tous les 15 jours, c’est pas grave. Mais j’exclus le poisson, que je considère très nocif car il se putréfie très vite. J’exclus les fromages aussi.
Après avoir supprimé ces causes, si c’est possible, on doit entreprendre un jeûne, en sautant un repas, ou un jour, ou plusieurs jours.

Vous avez dirigé un centre de jeûne pendant longtemps. Quels résultats avez-vous observés ?
J’ai supervisé environ 4000 jeûneurs pendant les 40 ans ou mon centre de jeûne a fonctionné. J’y ai observé de nombreuses guérisons inespérées : un homme de 60 ans qui était sourd, regardait les oiseaux pendant que je donnais des causeries tous les soirs aux 15 ou 20 curistes. Au bout de 20 jours de jeûne, il me regardait, me posait des questions : il avait retrouvé l’ouïe.

Une dame qui avait un ulcère à l’estomac et que je conseillais par téléphone il y a un an a jeuné pendant 15 ou 20 jours, et son ulcère s’est guéri complètement. Il y a un an, un homme, qui avait laissé le menu hygiéniste et mangé comme tout le monde – viande, bière, etc. — avait pris 30 kilos et pesait alors 90 kilos. Une jambe commençait à lui faire mal : il ne pouvait pas marcher 2 ou 3 mètres sans avoir de fortes douleurs dans la jambe. Suite à un test, un médecin lui a dit : « Monsieur, vous avez un caillot, qui peut monter au cerveau et causer une paralysie, ou monter au cœur et vous serez mort en quelques minutes ». Alors il lui a donné des anticoagulants et des médicaments pour liquéfier le sang. Il a jeûné 32 jours, à l’eau, il a perdu 20 kilos. Il a arrêté avec beaucoup de difficultés les anticoagulants et le médicament qui doit liquéfier le sang, parce qu’il avait une peur bleue que je me trompe, car alors c’aurait été la mort pour lui. Il consultait des livres médicaux. Il a demandé à des médecins de lui faire de nouveaux examens. Alors, après le jeûne, peut-être au bout de 5 examens, le médecin lui a dit « Votre caillot n’existe plus ». Ça ne l’a pas rassuré, parce qu’il avait toujours mal à cet endroit. Je lui ai dit : «Patientez, ça va disparaître.» En effet, le corps s’est rétabli peu à peu, et actuellement il ne souffre plus. Alors il m’a dit : « Je dois suivre le menu hygiéniste. Je n’ai pas le choix ».

Vous avez connu beaucoup de gens qui ont commencé de suivre le menu hygiéniste et qui l’ont laissé ?
Personne ne suit le menu hygiéniste à 100%; certains le suivent à 30 %, d’autres à 50 %, ça varie selon les semaines et les mois. Quand ils adoptent le menu de tout le monde, ça les rend malades, ils comprennent, ils reviennent au menu hygiéniste, ils vont et viennent plusieurs fois. Les gens le comprennent. Mais entre la compréhension et l’application, il y a une marge très vaste. Le souvenir des mets anciens qu’ils ont aimés leur reste dans l’esprit, et de temps et temps ils ont des envies. La nature humaine est ainsi faite.

Croyez-vous que l’hygiénisme fonctionne dans tous les cas ? Y a-t-il des cas où les médicaments sont utiles ?
99,9% des médicaments sont des poisons et donc complètement inutiles. Mais je dois avouer qu’il y a une fraction vraiment minime pour laquelle je recommande certains médicaments, mais pas dans les doses habituelles, ni dans les durées habituelles. Comme par exemple en cas de cystite : inflammation de la vessie avec l’urine qui brûle. Si la personne jeûne, la cystite disparaît après 5 à 15 jours. Mais chez certaines personnes, la cystite ne disparaît pas, même après 20 jours de jeûne. Alors je leur recommande d’aller voir un médecin, de préférence naturopathe, qui leur prescrira des antibiotiques. Le médecin leur prescrit telle dose d’antibiotique à prendre pendant 10 jours. Je leur recommande de ne prendre que la moitié de la dose prescrite pendant 1 ou 2 jours seulement. Avec cette quantité minime, elles ont d’excellents résultats.

Comment voyez-vous l’avenir de l’hygiénisme en France ?
Moi je travaille pour des individus, mais pour la population en général, je ne suis pas optimiste du tout. Vous ouvrez la télé, la radio, les journaux, les magazines il y a une publicité incroyable pour les médicaments et pour la médicine. La France a des lois médicales dictatoriales. Si j’étais en Angleterre, j’aurais beaucoup plus de liberté à pratiquer. Depuis un an j’ai des ennuis très graves avec les autorités médicales, qui m’ont défendu toute publicité pour les méthodes hygiénistes. C’est pour cela que l’hygiénisme ne peut pas se développer.
Mais au Canada, il y a, en proportion, beaucoup de maisons de jeûne, de livres sur le jeûne, et ça m’a fait beaucoup plaisir.

Si vous pouviez résumer l’enseignement de l’hygiénisme en quelques phrases ?
Pour être en santé, vivre une vie saine.

Albert Mosséri publie régulièrement le bulletin Le bon guide de l’hygiénisme, décrit sur le site www.hygienisme.org